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Nouvelle en ligne

Voici, pour vous amis lecteurs, une de mes nouvelles inédites à paraître dans le recueil Chroniques d'outre-monde.
Je vous souhaite bonne lecture.

  
Les Dieux de Mandrista

Ils étaient sept. Sept hommes et femmes qui vivaient leur dernière journée avant la Grande Expérience.
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Tout avait commencé plusieurs années auparavant par une annonce parue dans quelques revues spécialisées dans l'ésotérisme et les sciences occultes. " Mage, Détenteur des secrets de l'Agartha, offre à chercheur sincère, clés de l'immortalité "
Bien entendu, personne n'avait pris au sérieux une telle invitation. Pourtant, poussés par la curiosité, l'amusement et sans doute aussi par l'interrogation : Et si c'était vrai ? Ils avaient été des milliers à répondre.
Après une sévère sélection et surtout l'annonce des tarifs prohibitifs, ils ne demeurèrent que sept décidés à aller jusqu'au bout.
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Commença alors pour les élus un long parcours initiatique. Chaque leçon devait être payée à l'avance et les tarifs augmentaient chaque fois. Malgré les sommets qu'ils atteignaient le besoin de poursuivre se faisait prégnant comme une drogue, obligeant les candidats à recourir à toutes sortes d'expédients.
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Ils n'étaient plus séparés de l'échéance que par le prix à payer pour participer à la "Grande Expérience"
Ils avaient six mois pour réunir la somme.
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Jean se présenta à dix heures précises chez le notaire. Ce qu'il s'apprêtait à faire était ignoble et à plusieurs reprises il eut envie de faire marche arrière. Tuteur de Maria, la fille de son frère Larry en mission sur Mars pour plusieurs années, il avait demandé à Maître Dubard de lui verser l'intégralité de la part d'héritage de leur père réservé à Maria.
Lorsque la porte du bureau s'ouvrit, ses scrupules s'évanouirent, il était trop tard pour reculer !
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Geneviève, secrétaire de direction avait dû vendre la maison héritée de ses parents pour payer les cours du mage et six mois de salaire ne lui permettaient de s'acquitter de l'ultime versement.
Elle regarda le reflet de son corps nu dans la psyché. Son regard se posa sur la table d'onyx où se trouvait posé une liasse de billets. Elle les glissa dans son sac et disparut dans la salle de bains, tandis que l'homme dormait toujours. C'était sa dernière prestation d'hôtesse d'un genre particulier dans le palace pour milliardaires.
Patricia et Virgile, quant à eux, n'avaient pas eu trop de mal à réunir la somme requise. Il avait vendu un de ses yeux à un potentat africain et elle avait sacrifié un de ses reins au profit d'un magnat du pétrole.
Igor et Vladimir étaient jumeaux. Deux ans avant, ils avaient fui leur pays après avoir volé les plans d'un moteur à dégravitation dans le laboratoire où ils travaillaient l'un comme ingénieur et l'autre chef de la sécurité.
Maéva, la benjamine venait de passer six mois sur une île, esclave d'un richissime émir sadomasochiste.
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Ils étaient sept, attendant dans le bureau du mage que sonne, enfin, l'heure tant attendue ! La pièce ressemblait à n'importe quel bureau de P.D.G d'une entreprise florissante.
Tôt-Su-Yen entra. Les sept candidats à l'immortalité se levèrent, un mélange de respect et d'appréhension se lisait sur les visages. Souriant, le mage leur fit signe de s'asseoir et prit place derrière le bureau, demeurant un long moment silencieux, scrutant ses disciples avant de rompre le silence.
- Vous êtes désormais prêts à vous affranchir du temps. Je sais les sacrifices que vous avez dus consentir pour accéder à l'ultime étape au-delà de laquelle plus rien n'existe.
Après avoir laissé s'installer quelques instants de silence, il reprit :
- Si certains désirent abandonner, il est encore temps. Qu'ils le disent et je leur restituerais l'intégralité des sommes qu'ils m'ont versées. Sitôt franchi le seuil de ce bureau il sera trop tard.
Le silence qui suivit était lourd, aucun ne bougea, évitant de regarder les autres.
Tôt-Su-Yen se leva :
- Il en sera fait selon votre volonté !
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Après avoir suivi leur guide au travers de couloirs interminables, ils s'étaient retrouvés dans un espace qui ne pouvait être qualifié de pièce. Une sorte d'ovoïde aux parois constituées d'une matière étrange qui semblait générer une lumière douce qui envahissait tout l'intérieur de l'œuf. La porte par où ils étaient entrés était indiscernable. Cette soudaine absence d'issue n'avait plus d'importance, pas plus que les chemins qu'ils avaient dus emprunter pour accéder à leur désir d'immortalité.
La fin ne justifie-t-elle pas les moyens ?
Le mage n'était pas avec eux. Conformément aux instructions reçues, ils avaient abandonnés leurs vêtements et s'étaient assis à même le sol légèrement concave.
Maéva passa la main sur la surface lisse qui irradiait faiblement.
- On dirait du verre mais on ne voit pas au travers !
-Chut ! murmura Jean.
Ils ressentaient une étrange impression de vide… Vertige de l'infini et du néant perçus pour la première fois dans leur vérité !
Un indéfinissable sentiment d'exaltation les envahissait.
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La voix du mage s'éleva :
- Je vous ai conduit dans l'Oeuf Primordial. Vous trouvez sur le fil qui sépare le néant de la genèse. Akhenaton le grand initié a ainsi défini Dieu : "Je te salue, ô toi qui a façonné l'œuf dont tu devais sortir" Les parois de l'œuf sont l'infini, le yin et le yang, l'être et le non-être. Nul ne peut voir au-delà de l'œuf, car il n'y a pas d'au-delà !

La voix se tut.
Lorsqu'elle reprit, elle parut plus faible, comme si elle s'éloignait. Une sensation de gorge nouée s'empara des "immorterlonautes" comme ils s'étaient baptisés. Angoisse de l'irréversibilité… peur, appréhension…
- Vous vous trouvez au centre des univers, là où vit l'œuf primordial. Le temps n'existe plus car désormais vous participez à l'aventure de l'infini en expansion.
Les lumières vont disparaître et vous serez plongés dans les ténèbres. Cherchez au fond de vous le sens de la vie, lorsque vous l'aurez trouvé la lumière apparaîtra elle renfermera vos potentialités : le plus ou le moins, le Yin ou le Yang, le bien ou le mal. Alors vous serez confrontés à l'Arche, il vous appartiendra de transcender son immanence. Adieu et que la puissance rémanente vous protège !
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La luminosité de l'espace se résorba et les ténèbres s'établirent…
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Ce ne fut pal la lumière qui revint, mais plutôt l'obscurité qui se dissipa. Ils avaient perdu la notion du temps écoulé. Une seconde ou mille ans ?
Sitôt que l'indéfinissable clarté eut envahi tout l'espace les sept regards rencontrèrent le cristal qui rayonnait, en sustentation au-dessus de leurs têtes.
- L'Arche ! s'écrièrent-ils d'une seule voix.
Virgile intervint, c'était la première fois depuis leur entrée dans l'œuf que l'un d'eux rompait le silence.
- L'Arche s'est chargée de nos espérances… A nous l'immortalité.
Sept petites sphères de lumière s'échappèrent du cristal pour se fondre dans les voyageurs du temps.
Une nouvelle fois le néant envahit tout…
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Ils étaient sept, endormis et nus dans une clairière entourée d'arbres gigantesques. Le bruit d'une cascade proche les tira de leur sommeil. Au-dessus d'eux des oiseaux aux ailes démesurées planaient en poussant des cris aigus.
- Des ptérodactyles ! s'écria Patricia, j'en ai vu au musée de la préhistoire.
Virgile eut un éveil plus agressif, il se mit à fulminer :
- Nous avons été trompés ! ce fameux mage est bel et bien un escroc ! Au lieu de l'immortalité il nous a offert un voyage dans la cinquième dimension. Dieu sait où nous nous trouvons et comment nous sortir d'ici !
- Les voyages transdimensionnels sont encore du domaine de la théorie, il doit y avoir une autre explication, à mon avis Tôt-Su-Yen est un savant fou qui nous a soutiré une fortune pour ses expériences et, cerise sur le gâteau, nous lui avons servi de cobaye !
Un froissement de feuilles venu de la forêt proche attira leur attention. Ils devinaient les bêtes tapies sous les frondaisons en train de les épier.
Soudain une horde d'hommes primitifs surgit du couvert poussant des cris gutturaux en brandissant des sagaies.
Frappé en plein cœur Vladimir s'écroula.
- En guise d'immortalité nous allons servir de festin à des anthropophages ! eut le temps de lancer Geneviève avant de s'écrouler à son tour.
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Ils étaient sept, gisant sur le sol humide. Surgis de toute part les sauva ges s'apprêtaient à la curée.
La vie habitait de nouveau les corps inertes. Vladimir arracha le dard planté dans sa poitrine, la plaie avait disparue ! Il se leva comme un fou.
- Nous sommes immortels ! Plus rien ne peut détruire nos corps devenus indestructibles.
Voyant leurs proies se relever, la horde, reflua vers la forêt, terrorisée, abandonnant leurs armes rudimentaires.
Virgile réalisa qu'il voyait de nouveau avec ses deux yeux.
- L'immortalité ne m'aura rien coûtée, j'ai retrouvé l'œil que j'avais sacrifié !
Maeva ramassa une des sagaies et se dirigea vers la forêt.
- Où vas-tu ? demanda Jean.
- Retrouver ces sauvages pour leur apprendre le respect qu'ils doivent à leurs Dieux !
Igor intervint à son tour :
- Lorsque j'étais au sol j'ai compris leur langage rudimentaire, ils nous destinaient à nourrir le clan. Maeva a raison allons leur rendre leur visite inamicale.
Il enleva la lance des mains de la jeune fille :
- Une déesse n'a pas besoin d'arme !
- Un mot revenait souvent dans leurs cris : mandrista, j'ignore ce qu'il signifie, ajouta- t-il.
- Ce sera désormais le nom de cette planète ! conclut Jean.
C'est ainsi que les Dieux de Mandrista s'engagèrent dans le sous bois.
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Une intense agitation régnait dans le village fait de cases rudimentaires recouvertes de feuillages. A la vue des invulnérables inconnus, les hommes et femmes se prosternèrent.
- Relevez-vous ! lança Jean d'une voix forte.
Geneviève s'avança, suivie de ses compagnons.
- Qui est le chef du clan ? demanda-t-elle.
Les "sauvages" désignèrent un homme de haute stature portant une coiffe évoquant une tête d'oiseau.
- Tranchez-lui la tête ! Ce sera désormais le prix à payer pour profaner vos Dieux !
Impassibles, les sept nouvelles divinités assistèrent à l'exécution.
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Les années passèrent ; les mandristiens qui les avaient agressés étaient morts depuis longtemps et la planète avait évolué. Plusieurs générations avaient été nécessaires pour édifier le palais de porphyre et de marbre devenu leur résidence. La construction avait également coûté des dizaines de milliers de morts !
Sept gigantesques statues marquaient le seuil de l'espace sacré qu'ils avaient baptisé "l'Olympe" en souvenir des divinités païennes de la Terre. Tous les ans, au solstice d'été sept jeunes vierges étaient sacrifiées en hommage à chacun des Dieux, sept garçons subissaient le même sort au solstice d'hiver.
Les Dieux avaient réduit Mandrista en esclavage. Par l'intermédiaire des prêtres qu'ils avaient nommés, ils s'étaient arrogé le droit de vie et de mort sur le peuple qui servait à étancher leur soif de puissance ou à satisfaire leurs pulsions et leurs désirs.
… Mais l'éternité c'est long ! La planète commençait à devenir trop étroite pour les immortels qu'ils étaient devenus.
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Ils se trouvaient réunis dans la salle du Divin Conseil, inventant de nouveaux jeux cruels pour les fêtes qui chaque année, marquaient l'anniversaire de leur venue sur Mandrista. La porte s'ouvrit et Tôt-Su- Yen entra. Un sentiment de malaise s'empara des divinités. Virgile, qui présidait la réunion s'adressa à lui :
- Salut à toi, Tôt-Su-Yen ! Sois le bienvenu sur Mandrista.
- Qu'es-tu venu chercher sur notre monde ? demanda Maeva
- Que peut vouloir celui qui a tout ? répondit le mage.
- Nous sommes devenus tes égaux ! renchérit Igor.
Geneviève, qui s'était autoproclamée Déesse de l'Amour, intervint à son tour, non sans ironie :
- Peux-tu encore quelque chose pour nous ?
Le mage secoua la tête.
- Je ne peux rien reprendre, l'immortalité vous est acquise, j'ai tenu ma promesse.
- Comment es-tu parvenu jusqu'à nous ?
- Par l'œuf primordial !
- Où est-il ?
Tôt-Su-Yen ne répondit pas. Il se leva et, sans ajouter une parole, quitta la salle.
Sur le parvis du Palais son regard tomba sur la "Table des sacrifices" il soupira. Ne pouvant endurer plus longtemps la vue des faux Dieux et leur oeuvre, il s'éloigna.
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- L'œuf doit se trouver sur la planète ! fit remarquer Vladimir. Puisqu'il nous a conduit ici, le mage a dû en utiliser un autre pour venir. Trouvons-le et nous dominerons l'Univers !
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Durant des dizaines d'années le peuple de Mandrista partit, sur l'injonction des divinités, à la recherche de l'Oeuf Primordial et le nombre de sacrifices humains programmé par les Dieux augmenta.
La cellule matricielle se trouvait bien sur la planète, dissimulée dans une grotte creusée sur les flancs d'une montagne inaccessible. Les Dieux firent creuser un millier de marches pour y accéder.
Abandonnant les mandristiens à leur sort, ils s'installèrent dans la cellule matricielle.
- Concentrons nos pensées pour faire apparaître l'Arche !
Ils s'apprêtaient à faire le vide dans leurs esprits lorsque la voix de Tôt-Su-Yen s'éleva :
- Je vous ai donné l'immortalité et ne peux la reprendre, vous le savez. Je vous ai également annoncé avant la Grande Expérience que de la valeur de vos esprits naîtrait le bien ou le mal. Vous avez choisi le coté obscur et je le déplore. Vous avez dénaturé ce monde au début de son évolution pour assouvir vos fantasmes et votre soif de puissance ! Je n'enlèverai pas ce que j'ai donné mais, désormais, et pour l'éternité, vous demeurerez prisonniers de l'œuf Primordial qui, par ma volonté retourne dans le néant.
Je vous condamne au non-être. Adieu !
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Plus tard, bien plus tard, il lui faudrait revenir sur cette planète pour jeter à bas les idoles créées par les faux-dieux . Car il était indirectement responsable de ce gâchis.
Le Père en avait décidé ainsi.