Ce roman, sans doute difficile à trouver car il est paru dans une maison d'édition
de Bastia, attirera tous ceux qui aiment l'écriture romantique, tous ceux qui préfèrent
l'ambiance fantastique et floue de certains Daphné du Maurier aux incantations sau-
vages et aux descriptions longuettes des Dan Brown et autres Crichton. L'histoire
démarre tranquillement pour nous placer sans à coup dans un espace-temps délirant.
L'auteur suit pas à pas son héroïne, Jany, une jeune femme étrange, qui semble se
tenir toujours en dehors du monde réel : Jany au double visage, sérieuse et appliquée
dans son travail, rêveuse et anarchiste dans sa vie privée. Cette vie privée apparem-
ment solitaire est emplie de créatures magnifiques, de rencontres sensuelles, de voyages
au long cours, sur un bateau majestueux, blanc et élancé, rapide, l'Albatros.
Comme dans un roman de Marcel Aymé, le merveilleux est pour Bonelli un instru-
ment simple d'usage. Soudain, un jour, l'appartement de Jany disparaît et elle se retrouve
dans un monde irréel et parfaitement connu, le monde rose et bleu de ses fantasmes.
Surtout, elle rencontre " en vrai " sa sœur imaginaire, la belle Anne. Vraiment? Il est
difficile de l'affirmer tant l'auteur se refuse aux conventions classiques du propre et
du figuré, préférant nous faire évoluer dans un monde d'apparences, de belles appar-
ences. Au risque parfois d'une certaine mièvrerie, d'un sentimentalisme doux et sucré
jusqu'à l'excès, mais ce ton là est précisément celui qui procure la plus persistante des
illusions, celle de la sécurité.
Or, Jany est en danger, en danger de perdre pour toujours la belle Anne et ses caresses
si douces et intenses. Suspense trouble, jeu avec les doubles et la perte des repères, le
voyage est-il purement onirique ?
Ne vous posez pas trop de questions, abandonnez-vous aux gestes équivoques et aux
propositions malhonnêtes. L'érotisme est la seconde ligne de fond du récit, comme si
la découverte du monde de l'inconscient se mêlait d'une sensualité renouvelée. Et terrib-
lement volatile. Il s'agit donc ici de découvrir et d'égarer, d'obtenir et de dissiper. Le tout
sans trop de nostalgie. Avec la belle constance des humains.
Site de l'auteur : http://www.bonelliromansf.com/
André-Jean Bonelli, Les passagères de l'Albatros, Ed. Anima Corsa, Bastia, 2006
Rédacteur(s) : Okuba Kentaro